Création de la notice : Claude Delattre

Bi 4438-suppl.

L’Ouvrier du meuble

journal mensuel de la Chambre syndicale de l’ébénisterie et du meuble sculpté


Parution : 1892-1892






  • Titre : L’Ouvrier du meuble
  • Sous-titre : journal mensuel de la Chambre syndicale de l’ébénisterie et du meuble sculpté
  • Lieu de publ. : Paris
  • Adresse : rue du Faubourg-St-Antoine, 216 ; Paris
  • Imprimerie : Impr. L. et J. Cresson frères, 5, rue Chapon, Paris
  • Durée : 1892-1892
  • Périodicité : mensuel
  • Commission paritaire :
  • ISSN 2727-862X (Gallica : ISSN 2740-0212)
  • Resp. de publ. et/ou dir. : Charles Schaeffer
  • Rédac|teur|trice|s : A. Chinet (ouvrier ébéniste), le comité de publication, le Conseil syndical, G. D., un ébéniste, le Facteur, un groupe de sculpteurs, A. O., Ch. S., Tire-Crin, un triqueur
  • Organisation éditrice : Chambre syndicale de l’ébénisterie et du meuble sculpté
  • Format : in fol.
  • Pagination : 4 p.
  • Colonnes : 4

Manifeste (nº 1, 15 octobre 1892) :

CAMARADES,

Dans l’Assemblée trimestrielle de Juillet dernier, les ouvriers adhérents de la Chambre syndicale de l’ébénisterie et du meuble sculpté affirmèrent par un vote unanime qu’il fallait essayer quelque chose pour stimuler l’énergie de nos camarades du faubourg Antoine ; ils déclarèrent en nommant un Conseil syndical nouveau, composé d’hommes libres d’attaches politiques et décidés à faire une vigoureuse propagande corporative et sociale, qu’il était urgent de dire bien haut, à la face de la gent patronale et voleuse, que les ouvriers du meuble n’étaient pas satisfaits de leur sort sous le régime cher aux économistes bourgeois et aux politiciens de toutes doctrines.

Nous comprenons le sentiment qui anima nos compagnons de travail, et nous acceptons la mission qu’ils nous donnèrent, convaincus que l’on ne fera jamais assez pour hâter notre émancipation économique.

Camarades,

Nous serons brefs ; car, pour agir, il n’est pas nécessaire de débiter de longs discours ou détourner quarante-huit heures autour de la franchise.

Dans un coin de Paris, dans l’historique faubourg Antoine, — qui a toujours fait trembler un peu les gros bonnets de la cuisine gouvernementale, — se trouve parquée une laborieuse population se livrant à l’industrie du meuble ; et, dans ce coin de Paris, dans ce même faubourg Antoine, se trouve agglomérée une petite bande d’escrocs, appelés communément patrons, grugeant cette nombreuse et laborieuse population.

Or, ceci nous parait anormal, surtout depuis que nous savons le travail une source de richesse — c’est la bourgeoisie qui nous le rabâche tous les jours — pour tout autre que le travailleur ; notre entendement simpliste ne nous permet pas de comprendre qu’il est logique que les patrons, marchands de meubles, etc., aient toutes les satisfactions intellectuelles et matérielles, pendant que l’ouvrier qui peine à l’établi se prive de tout. — Oh ! vieux cliché ! soit : mais cliché aussi vieux que la misère du producteur, cliché que nous répéterons souvent afin d’éveiller chez le prolétaire moderne l’envie d’avoir tout ce qu’il lui faut pour vivre autrement qu’un animal.

Ce que nous venons de dire là en manière de considération générale explique et fait pressentir la ligne de conduite choisie par nous, tant que les camarades de la Chambre syndicale nous conserveront leur confiance.

Indifférents à toutes les mesquines querelles qui alimentent les misérables discussions de chétifs partis quelconques, nous entamerons, tout en restant sur le terrain corporatif pur, une lutte à mort contre le patronat en particulier et contre l’autorité en général.

Aux patrons nous dirons :

Vous vous moquez cruellement des ouvriers ; sous le prétexte de fatalité des lois économiques concurrentielles, vous baissez nos salaires sans chercher à réduire vos scandaleux bénéfices ; vous reniez vos signatures,— vous qui avez toujours le mot honnêteté à la bouche— données lors de nos dernières grèves vous imposant le tarif de 0.80 de l’heure et la journée de 10 heures ; vous ne regardez pas si nous crevons de faim — ou à peu près — et vous n’hésitez jamais à demander au gouvernement l’appui de la force publique quand nous relevons la tête.

Or, étant fixés sur votre compte, nous ne reculerons devant aucun moyen pour vous combattre. Nous tâcherons de faire savoir, nous les travailleurs ébénistes et menuisiers du meuble sculpté aujourd’hui confondus dans une même misère et groupés au tour de la Chambre syndicale, à tous nos compagnons de labeur que les théories orthodoxes bourgeoises, posant en principe que l’ouvrier est une marchandise travail soumise aux fluctuations du commerce, n’ont rien d’absolu, d’éternel.

Nous chercherons à organiser, de façon à vous opposer une force devant laquelle vous vous inclinerez.

Nous tâcherons de répandre dans nos milieux déshérités les idées d‘émancipation, basées sur les données exactes des vérités sociales acquises.

Nous emploierons tous les moyens pour atteindre notre but : réunions, conférences, journal corporatif, grèves partielles, grève générale, selon les circonstances ou les dispositions des travailleurs groupés et décidés à marcher de l’avant.

A l’autorité, c’est-à-dire au gouvernement bourgeois qui la représente nous dirons— pas grand’chose :

Ayant reconnu, expérimentalement, votre impuissance dans toutes les questions de travail, nous vous adresserons, avec la courtoisie et le savoir-vivre qui caractérise l’ouvrier de 1892, le fameux mot de Cambronne chaque lois que vous interviendrez dans nos affaires sociales.

Voilà, camarades, un peu brièvement notre façon de voir qui sera conforme, soyez-en persuadés, à notre manière d’agir.

Donc du courage, et ne croyez pas surtout que vous êtes créés et mis au monde pour vous serrer la ceinture, pendant que vos gracieux exploiteurs connaissent trop paisiblement les joies ineffables d’une vie de parasites.

Le Conseil Syndical.


L’OUVRIER DU MEUBLE

Pour vous présenter le modeste journal que nous créons il n’est pas, croyons-nous, besoin d’en dire bien long, l’étiquette ne faisant rien à la qualité de la marchandise. D’ailleurs nous n’aimons pas les bavards qui jouent, soit dans un groupement soit dans un journal, aux parlementaires ou aux sapiences et les boniments, quels qu’ils soient, nous font horreur.

Ce que sera l’Ouvrier du Meuble, voici :

Un organe ouvrier qui traitera les questions corporatives et sociales le mieux qu’il le pourra ;

Qui tâchera de rallier tous les camarades non syndiqués en les poussant à créer une force capable d’imposer et de prendre à l’occasion.

Qui sera libertaire, c’est-à-dire qui n’appartiendra à aucune bande fumistico-politique quelconque ;

Qui ne sera le soldat de personne, mais un moyen employé par le syndicat pour grouper solidement les travailleurs du bois ;

Qui ne reculera devant rien, qui marchera droit, bien droit, sans faire attention à ceux qu’il écrasera en route.

Pour terminer, assurons que ses colonnes seront ouvertes aux camarades de bonne volonté et conscients des groupements syndicaux de l’industrie du meuble parisienne ou départementale.

Le Comité de Publication.

 Liens de localisation
BnF : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32830788t

Parutions :

  • nº 1 (1892, 15 oct.)
  • nº 2 (1892, 15 nov.)
  • nº 3 (1892, 15 déc.)