Bianco : presse anarchiste

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Le Creuset

éducation-entraide [puis] bulletin mensuel, éducation, solidarité, études, agrément [puis] bulletin mensuel de propagande syndicale



Remarques sur les fiches

La couverture va beaucoup évoluer pour changer à chaque numéro dans une déclinaison du style « Art nouveau ».

Présentation au n° 1, première année, d’avril 1925 :

Ami Lecteur,

 
Lecteur sympathique qui parcourez ce bulletin, nous vous demandons d’abandonner pour un instant votre scepticisme frondeur et de faire avec nous un rapide examen de conscience. Et, sans dramatiser outre mesure, d’établir la part de responsabilité qui revient à votre indifférence dans la situation, lamentable pour les uns, menacée pour les autres,de vos conditions matérielles et morales d’existence.
 
Nous traversons en ce moment une période de tension sociale, devant, laquelle la passivité serait criminelle. Elle résulte d’une part d’un bouleversement et d’un déplacement profonds des marchés industriels, consécutifs à la guerre, d’autre part, de l’organisation de plus en plus implacable des modes d’exploitation.
 
L’industrialisme, né dans la première moitié du siècle dernier, eut une répercussion épouvantable sur la vie du peuple. L’artisanat, frappé à mort, se débattit en une agonie atroce qui dura 30 ou 40 ans, et dont les convulsions, révolutions et émeutes, après les saignées de la misère, se répercutèrent douloureusement dans la littérature de l’époque : Hauptman, Hugo, Taine, Zola, Proudhon, George Sand, etc. Qui ne connaît la situation épouvantable des tisserands du Nord, des canuts de Lyon, pour ne citer que ceux-là ?
 
L’usine naquit. L’exode des campagnes commença. L’artisan, relativement indépendant chez lui, sans autre régulateur et maître que son propre besoin et celui des siens, vivant somme toute, chez lui, dans une atmosphère intime, se trouva tout à coup transplanté dans un milieu hostile, réduit à un rôle accessoire, brimé par des maîtres, plus que jamais la proie impuissante entre les mains des exploitants. L’histoire de notre propre corporation nous montre jusqu’à quel point s’exerçaient l’arbitraire et la spéculation. Et puis commença l’organisation de la défense, le compagnonnage, qui avait supplanté la jurande, fut à son tour balayé par les nécessités, et les associations professionnelles commencèrent la grande guerre de ceux qu’on exploite contre ceux qui exploitent, la grande guerre de ceux qui pâtissent contre ceux qui jouissent ; la grande guerre de ceux qui peinent contre ceux qui gaspillent ; la grande guerre des travailleurs contre le patronat. Et en dépit de tous les obstacles légaux et illégaux soulevés par les gouverne vents ; en dépit des emprisonnements, des bannissements, des déportations, des dissolutions, des saisies ; en dépit de tous les arbitraires et de toutes les armes. En dépit de la cautèle et des zizanies calculées ; en dépit des corruptions de conscience, des provocations de toutes sortes, des marchandages malpropres, les associations se sont développées, étendues, se sont soudées les unes aux autres, de corporation à corporation, de province à province, de pays à pays, de continent à continent enserrant peu à peu le monde dans les bras fraternels et solidaires des travailleurs de l’univers.
 
Et le patronat, moins tenaillé par le besoin, capable, malgré son isolement, de défendre ses prérogatives, moins généreux aussi, s’oubliant dans la mollesse et l’égoïsme, se trouva bientôt menacé. Et, au moment où la fatigue, une confiance trop grande dans les résultats acquis, amenait une trêve, ou un ralentissement dans l’activité ouvrière, s’organisait la coalition du patronat. La division dans l’exploitation des produits créa bientôt une interdépendance qui ne pouvait que hâter cette organisation. Ajoutez à cela la, naissance du capitalisme, rendu nécessaire par les rapports du commerce et de l’industrie, encore amplifié par la spéculation et l’agiotage et bien d’autres facteurs. Et nous aboutissons à cette organisation formidable : le capitalisme international intimement soudé à l’industrialisme international.
 
Il n’y a pas dans l’histoire du monde un autre exemple égalant en importance et en étendue l’organisation du capital.
 
Il est vrai que, si les associations ouvrières rencontraient et rencontrent tous les obstacles — légaux et illégaux — pour entraver leur développement ou leur action ; les associations capitalistes trouvèrent et trouvent toutes les complicités, toutes les lois, nationales et internationales, toutes les complaisances favorisant leur exercice. Mais il faut ajouter aussi que ces dernières dépassent maintenant de beaucoup en audace, en prévision, en ténacité, en activité nos propres syndicats, amicales ou associations professionnelles.
 
Et c’est là le danger, ami lecteur.
 
Danger terrible, danger imminent, danger semblable à celui qui vers1830 à 1840 plongea dans la plus noire dé-tresse les artisans qui n’avaient pas prévu les conséquences de l’ Industrie naissante. Aujourd’hui, le capitalisme revêt un caractère exceptionnel, est le maître plus incontesté que jamais de notre destinée, de notre vie ; il peut, par le simple jeu de ses rouages, déterminer la guerre, provoquer la famine, étouffer une industrie, rendre noir ou blanc le pain que nous mangeons, nous imposer tel ou tel d’exploitation, briser net nos espoirs en une existence plus rationnelle et plus humaine. Nous nous trouvons devant le danger le plus sérieux que les travailleurs aient connu depuis bientôt un siècle. Et cela., non seulement à cause de l’importance de l’ennemi qui se dresse devant nous, mais encore — nous pourrions dire surtout — à cause de l’importance de l’ennemi consciences le microbe de l’indifférence. Et c’est ici que nous vous dema-dons :
 
Ami lecteur,
Qu’avez-vous fait, activement fait pour parer à la menace ? Vos salaire vous réduisent à la médiocrité, à l’insuffisance ; vos enfants, d’un regard suppliant, vous demandent pourquoi ils sont moins bien vêtus qu’ils ne. le désirent ; pourquoi ils sont moins bien nourris ; pourquoi ils souffrent dans leur fierté ; pourquoi ils se voient interdire les plaisirs qui sont accessibles à d’autres ? Vos femmes et vos parents vous demandent pourquoi la gène, comme une intruse mauvaise, s’est installée à demeure à votre foyer ; pourquoi le souci périodique du loyer, de l’habit, de l’achat indispensable d’un meuble, ou de toute autre dépense accidentelle encore que nécessaire leur creuse une ride de plus au front ; pourquoi la maladie, comme une vision d’épouvante, les jette anticipativement dans l’agonie ?
 
Et nous vous demandons, ami lecteur :
Pourquoi, vous qui œuvrez tout, qui êtes le seul — nous disons le seul — artisan de vie, le seul qui de vos doigts ou de votre cerveau crée ce qui se consomme, ce qui embellit, ce qui se porte, ce qui s’habite, ce qui fait que l’humanité, au lieu de croupir dans des cavernes, courbée sous les conditions implacables d’une nature inculte, épanouit au soleil la floraison splendide du savoir et de là beauté ! Pourquoi vous contentez-vous de votre condition précaire ? Pourquoi vous détournez-vous de tout effort d’émancipation ? Pourquoi renoncez-vous au bénéfice de ce que des centaines de générations — des vôtres — ont accumulé de science et d’industrie pour embellir la vie ?
 
Ami lecteur,
Vous êtes, de par les nécessités d’interdépendance sociale, investi d’une mission à laquelle vous ne pouvez vous soustraire sans trahir et vous-même et les vôtres, à savoir celle de conquérir, jour après jour, une amélioration nouvelle de vos conditions d’existence. Vous ne pouvez vous détourner de ce devoir, sous peine de suicide, comme si, étant malade, vous renonciez à vous guérir !
 
Et nous vous demandons de vous ressaisir, de reprendre les outils d’émancipation, de creuser plus avant et plus large le chemin par lequel vos enfants, envers lesquels vous avez des devoirs sacrés, iront plus librement que vous vers des horizons plus beaux. Et pour cela il vous faut refaire votre éducation sociale et morale, il vous faut refaire un sérieux. examen de conscience, il vous faut combler les lacunes, arracher les préjugés mauvais, cultiver les sentiments d’humanité qui dorment, là, dans votre cœur généreux de travailleur.
 
Le « Creuset » s’est imposé la tâche de vous aider à retrouver votre volonté d’être, devant toutes les menaces d’amoindrissement et de sujétion, un homme libre et fier qui entend se faire une place, pour lui et les siens, au banquet fraternel de la Vie !
 
« LE CREUSET ».
 Collections numérisées (Lidiap, ArchivesAutonomies ; et.al.)
Lien :  http://anarchief.org/wiki/LE_CREUSET

Parutions :

  • année 1
  • n° 1 (1925, avr.)
  • n° 2
  • n° 3 (1925, juin)
  • Numéro spécial distribué gratuitement (1925, 22 juin)
  • n° 4
  • année 2
  • n° 1
  • n° 2
  • n° 3
  • n° 4 (1926, avr.)
  • n° 5
  • n° 6
  • n° 7
  • n° 8 (1926, aout)
  • n° 9
  • n° 10
  • n° 5 [11] (1926, nov.)
  • n° 12 (1926-déc.)
  • année 3
  • n° 1 (1927, janv.)
  • n° 2 (1927, févr.)
  • n° 3
  • n° 4
  • n° 5
  • n° 6 (1927, juin) — « L’affaire Sacco-Vanzetti, le crime du juge Thayer »
  • n° 7 (1927, juil.)
  • n° 8
  • n° 9
  • n° 10
  • n° 11 (1927, nov.)
  • année 4
  • n° 1 (1928, janv.)
  • n° 2 (1928, févr.) — « Camarade, ton pain est en danger »
  • n° 3 (1928, mars)
  • n° 4
  • n° 5
  • n° 6 (1928, juin)
  • n° 7
  • n° 8
  • n° 9
  • n° 10
  • n° 11
  • n° 12 (1928, déc.)
  • année 5
  • n° 1 (1929, janv.)
  • n° 2 (1929, févr.)
  • n° 3
  • n° 4
  • n° 5
  • n° 6
  • n° 7
  • n° 8 (1929, aout) — « À bas la guerre ! »
  • n° 9 (1929, sept.)
  • n° 10
  • n° 11
  • n° 12 (1929, déc.)
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  • n° 1 (1930, janv.)
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