Bianco : presse anarchiste

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Le Drapeau rouge

organe de la Ligue collectiviste-anarchiste


L’annonce à la « une » du premier numéro (1er février 1880) :

NOTRE RAISON D’ÊTRE.
 
Le groupe de Bruxelles de la Ligue Collectiviste-Anarchiste, en publiant ce journal, a principalement pour but de propager et de vulgariser les principes énoncés dans son programme. Pour arriver à ce résultat, nous faisons appel à tous nos amis quelle que soit la nuance du parti anarchiste à laquelle ils appartiennent.
 
Nous engageons les travailleurs à nous communiquer leurs griefs contre la mauvaise organisation sociale actuelle ; ils seront publiés sous la rubrique Tribune Ouverte, nous mettrons ainsi en pratique cette vérité proclamée déjà par l’Association Internationale des Travailleurs : l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.
 
Ennemis de toute tyrannie, nous ouvrons nos colonnes aux rationalistes qui combattent avec nous les religions, sources de l’abaissement moral et matériel de l’homme.
 
Enfin nous espérons que tous ceux qui revendiquent les droits de citoyen nous aideront dans notre œuvre de Révolution, qui a pour but l’affranchissement complet du prolétariat et le bonheur de l’humanité.
 
En résumé, notre,programme tient en trois mots :
Liberté, Égalité, Solidarité.
 
Nous tendons à l’avènement d’une société où ces trois mots fameux sortent des déclamations officielles, descendent du fronton des monuments, entrent dans la réalité des faits.
 
Très peu nous importe la liberté doctrinaire, à nous qui n’avons pas l’égalité ! quelle utilité sérieuse retirons-nous de la liberté de la presse, de la liberté de la parole, de la liberté d’association ? mais, nous n’avons jamais eu le temps d’apprendre à bien parler, de nous rompre à bien écrire ! que possédons-nous que nous puissions mettre en commun ? notre capital éternel : la misère ! Non, le droit d’être libre ne nous suffit plus, nous voulons y joindre le moyen ; nous ne vouions plus comme le paralytique avoir le droit de marcher, nous ne voulons plus comme l’aveugle avoir le droit d’y voir. nous voulons comme les autres avoir des jambes et avoir des yeux, nous voulons trait former complètement, absolument notre situation économique.
 
Comment ?
 
Voici :
 
La production de tout objet utile résulte du concours de trois éléments : la matière première à transformer, — l’instrument de travail pour la transformer, — le travail individuel ou collectif qui la transforme.
 
Le sol, matière première, tout ce qu’il contient, pierres, minerais, charbons, etc., n’est pas de création personnelle, il ne peut donc être approprié à quelques-uns. IL doit devenir propriété collective de l’humanité.
 
L’instrument de travail est un combiné d’une part de cette matière première et d’une longue élaboration historique ; i ! a donc un caractère collectif.
 
Le produit qui résulte de ce capital social mis en valeur par le travail collectif doit aussi revenir à la collectivité.
 
Seul, l’effort personnel, la force de travail que chaque homme dépense dans l’acte de la production croit lui être restituée en équivalent.
 
Donc nous sommes des collectivistes.
 
Ces desiderata obtenus, l’égalité règne entre tes hommes, et seulement alors, entre citoyens libres et égaux, la solidarité sera possible.
 
Tel est notre programme économique, notre programme politique en découle logiquement.
 
La conséquence inévitable.de toute inégalité économique est la formation d’une supériorité, d’une autorité, d’un pouvoir. Ce pouvoir prend, dans le domaine politique, une forme spéciale, un nom spécial ; il est le gouvernement.
 
Or, eu tant que gouvernement, il remplit un rôle. Par le culte, l’éducation, il façonne le cerveau enfant au préjugé propriétaire ; par le Parlement, il fait des lois propriétaires ; par le juge, le gendarme, le geôlier, le soldat et le mouchard, il assure le respect de ces lois, en un mot, une fois institué, le gouvernement, tout gouvernement, fonctionne comme défenseur de l’intérêt propriétaire.
 
Donc, pour atteindre la propriété, il fa.ut marcher :sur le gouvernement.
 
Nous sommes les éternels adversaires de tout gouvernement, ou comme on dit des anarchistes.
 
De plus, comme nous ne pensons pas qu’il suffise, pour qu’il parte, de donner par un vote congé à un
gouvernement ; que toute notre histoire nationale nous prouve le contraire ; nous voulons porter la hache révolutionnaire jusque dans ses fondements.
 
Donc nous sommes des matérialistes ;
Nous sommes des collectivistes ;
Nous sommes des anarchistes ;
Nous sommes des révolutionnaires ;
Nous voulons la liberté, l’égalité, la solidarité.
 
Le comité de rédaction : Laurent Verrycken. Charles Debuyger, H. Delsaute.

Remarques sur les fiches

Parutions :

  • n° 1 (1880, 1er févr. = 13 pluviôse An 88)
  • n° 2
  • n° 3 (1880, 29 févr. = 11 ventôse An 88)
  • n° 4
  • n° 5 (1880, 88 mars = 8 germinal An 88) — commémoration sur le 18 mars, anniversaires de La Commune de Paris


Autres 
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