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L’Émeute

organe anarchiste


L’Émeute : organe anarchiste. Lyon. Première année, n° 1 (dimanche 9 décembre 1883)

Remarques sur les fiches

J. L. Paget est aussi cité comme responsable du n° 1 dans le n° 2.

Présentation du n° 1 (9 décembre 1883) :

« L’Émeute »

Après tous les programmes qui ont été faits par ceux qui nous ont précédés dans la lutte, il n’est pas bien nécessaire, croyons-nous, d’en faire un nouveau et de fournir des explications que nous ne pourrions que répéter. Notre titre, du reste, est lui-même un programme.

Certainement, ce. titre va faire crier tous ceux qui rêvent de préparer sagement la révolution, il va faire crier ceux qui ne rêvent que d’embrigader les forces populaires, pour ne les laisser agir que lorsqu’ils l’auront décrété.

Mais, pour nous qui sommes persuadés non seulement de l’inanité de leurs efforts, mais qui sommes encore convaincus que pour rendre efficaces les forces des travailleurs, elles doivent être laissées à leur initiative, nous ne craignons pas de nous déclarer partisans de l’émeute, convaincus que ce sera là la meilleure école où les affamés pourront essayer leurs forces et se préparer à la révolution sociale.

Allons, bourgeois repus ou à repaître, vous pourrez nous lancer votre meute d’aboyeurs ; que nous importe vos criailleries, oui nous sommes partisans de l’émeute, oui tous les efforts de notre propagande porteront à multiplier ces occasions, qui mettent les travailleurs à même de se mesurer avec leurs exploiteurs ; nui, nous le proclamons hautement, tout acte d’énergie, tout acte de révolte, nous verra prêts à l’applaudir.

Toute prise d’armes, toute escarmouche, nous les applaudirons, à une condition pourtant, c’est qu’elles auront pour but : la destruction d’une iniquité sociale, c’est qu’elles seront dirigées principalement contre l’ordre économique qui nous régit, c’est qu’enfin, loin de se laisser entraîner dans le bourbier politique dans lequel on a noyé toutes les tentatives d’affranchissement des travailleurs, on portera résolument la lutte sur le terrain économique, sur lequel doit se faire la révolution dont nous commençons à pressentir l’approche.

Nous sommes partisans de l’émeute, parce que nous sommes des indisciplinés, et que les émeutes ont toujours été le fait des impatients et des indisciplinés ; nous sommes parti sais s de l’émeute, parce qu’avec elle, le travailleur pourra s’essayer à l’initiative et que nous sommes convaincus que les sages qui se donnent pour spécialité de réglementer et de guider les révolutions auront soin de s’en tenir à l’écart.

Depuis assez longtemps l’on a endormi les travailleurs sous prétexte de discipline, depuis longtemps les ambitieux ont abusé de leur crédulité, pour se créer des petites parlottes, où ils ont la satisfaction de s’essayer au gouvernement représentatif, et l’illusion de croire que « c’est arrivé. » Il est temps de rompre avec cette tactique, qui n’a toujours été profitable qu’aux ambitieux et aux intrigants.

Quel meilleur moyen, pour détruire dans l’esprit des masses cette habitude de soumission continuelle, que de propager et d’applaudir aux actes d’indiscipline ; quel meilleur moyen pour entraver les intrigants et les ambitieux, que de réveiller dans la masse cet esprit d’insoumission qui dort au fond de chaque cerveau, pour le jeter âpre et ardent dans la mêlée, et le mettre aux prises avec l’esprit d’autoritarisme, qui est au fond de toute doctrine d’union, de fédération, de sagesse et autres sornettes.

Les idées nouvelles réclament une tactique nouvelle, partisans convaincus de l’autonomie individuelle, nous préconisons les actes qui ne se réclament que de l’initiative individuelle, ou ne sont le fait que de la spontanéité et la mise en pratique d’une résolution commune.

Convaincus que le régime économique qui nous régit est la clef de voûte de l’organisation sociale, actuelle, c’est donc contre cette organisation économique que nous porterons tous nos efforts, et sur laquelle nous essayerons d’attirer les coups des enfants perdus de la Révolution.

Aussi , quelles que soient les criailleries qui nous accueillent, quelles que soient les injures et les calomnies dont on ne manquera pas de nous gratifier, quelles que soient les entraves que nos gouvernants — représentants de la clame bourgeoise que nous attaquons —ne manqueront pas de nous apporter, et dont l’arrestation de nos camarades du Drapeau noir est le prélude, nous saurons répondre aux attaques et aux calomnies, déjouer les entraves et continuer notre marche en avant.

L’on a cru décourager le parti anarchiste par les condamnations ; on a frappé les gérants des journaux qui nous ont précédés, que la possibilité de paraître publiquement a forcé le parti de jeter en pâture au Minotaure bourgeois ; que nos oppresseurs sachent qu’ils en seront pour leur infamie ; le parti anarchiste compte assez d’hommes conscients et dévoués qui sauront se tenir à la hauteur des circonstances.

Quelles que soient les condamnations que le parquet nous tient en réserve, nous continuerons à marcher forts de notre conscience et de notre droit, dans le chemin sur lequel sont tombés tant des nôtres.

Si parfois nous jetons un regard derrière, ce sera pour nous encourager du chemin parcouru, puiser une nouvelle énergie dans les persécutions qui auront entravé notre route et marcher avec plus de force que jamais vers ce but idéal de l’humanité que nous ne cesserons d’entrevoir à travers les ceintes et les infamies de la société actuelle, et essaierons d’en hâter l’avènement en préparant par notre propagande et nos actes, la Révolution qui doit nous en faciliter l’accès.

La Rédaction.

Collections en ligne :
— Première année. — No 1 (dimanche 9 décembre 1883). — Gallica ; BM Lyon
— Première année. — No 2 (dimanche 26 décembre 1883). — Gallica ; BM Lyon
— Première année. — No 3 (dimanche 23 décembre 1883). — Gallica ; BM Lyon (absent)
— Première année. — No 4 (dimanche 30 décembre 1883). — Gallica ; BM Lyon
— Deuxième année. — No 5 (dimanche 6 janvier 1884). — Gallica ; BM Lyon
— Deuxième année. — No 6 (dimanche 13 janvier 1884). — Gallica ; BM Lyon
— Deuxième année. — No 7 (dimanche 20 janvier 1884). — Gallica ; BM Lyon



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